HISTORIQUE DE LA SOCIÉTÉ DES ARTS ET DES SCIENCES DE CARCASSONNE

La "Societé des Arts et des Sciences de Carcassonne", denomée "Commission" à l'origine, fut institutée par arrêté de M. BOULÉ, Préfet de l'Aude, le 16 Mars 1836, et approuvée par décision du Ministre du Commerce et des Travaux publics le 28 du même mois.

D'après les considérants de l'arrêté préfectoral d'institution, ce fut à la demande de M. le Maire de Carcassonne, de son adjoint, du Conseil municipal et de plusieurs habitants notables de la ville que cette institution fut décidée, afin que l'arrondissement de Carcassonne fût doté d'une Société similaire à cette créée à Narbonne en 1833.

M. le Préfet estimait que l'arrondissement et la ville de Carcassonne, possédant des monuments d'art et des vestiges de l'antiquité, il y avait lieu de les rechercher, de les étudier et de les rassembler, pour les conserver dans un Musée dont la ville était encore privée. Il fallait également organiser et développer la Bibliothèque publique, fort négliée jusqu'alors. Il fallait aussi rechercher dans tous les écrits et publications présentant quelque intérêt pour l'histoire locale.

La première réunion de la Commission eut lieu le 17 Juillet 1836, sur la convocation de M. le Maire de Carcassonne. En 1841, sur la proposition du Préfet, lui-même Président-né de la Compagnie, le nom de "Société" fut substitué à celui de "Commission", comme fut adoptée aussi la devise

"NON SAT PANIS ET VESTITUS"

qui fut inscrite sur le Sceau de la Compagnie.

A partir de 1845, cette dernière se composa de 30 membres résidants, élus au scrutin secret. Ce chiffre a été jalousement maintenu jusqu'à ce jour.

Depuis sa fondation, la Société a compté cinquante-cinq Présidents, dont la fonction a été pour certains d'entre aux plusieurs fois renouvelée; tous ont su créer et entretenir autour d'aux, dans toutes les branches du savoir une fertile et remarkable émulation.

L'Arrêté de fondation de 1836 avait nettement tracé le programme d'action de la nouvelle Société. Le premier point en était la création d'un Musée. Pour ce faire, la Société s'est enforcée de sauver et de conserver pieusement les vénérables restes du passé, qui ont été rassemblés par la suite dans le château comtal de la Cité, en un Musée lapidaire dirigé par M. Pierre Embry, bibliothécaire de la ville de Carcassonne et conservateur des objets d'art et antiquités du département de l'Aude. A côté de quelques dalles funéraires, de sarcophages antiques, de bas-reliefs diverses, de pierres armoriées, on remarque un joli calvaire du XVI siècle dont l'iconographie est un poème, une vasque d'ablution finement sculptée du XIII siècle, un rétable en albâtre, épave de l'ancienne église de St-Sernin de la Cité, et bien d'autres merveilles encore.

En 1839, à l'occasion de la visite du duc et de la duchesse d'Orléans, la Société obtint, grâce à l'intervention de son Président, J-P Cros-Meyrevieille, le classement comme monument des fortifications et de l'Eglise de la Cité.

Afin de vulgariser son oeuvre et de créer un mouvement artistique et scientifique dans la ville alots toute à ses préoccupations industrielles et commerciales, la Société organisa en 1838, 1846, 1850, 1867 et 1876 des expositions publiques, suivies de distributions de récompenses honorifiques. En 1879, fut organisé un concours de travaux historiques, scientifiques et politiques. Enfin, en 1884, la Société ouvrit une exposition des Beaux-Arts en y adjoignant un nouveau concours de travaux historiques, scientifiques et littéraires avec deux sections : section de la poésie française et section de la poésie patoise.

Vers 1841, la Société s'occupa de l'accroisement de la Bibliothèque publique qui n'avait été jusque-là qu'un dépôt de livres. Dès lors, commença pour cet établissement une ère de prospérité et de sécurité. Le prêt et la mise en lecture furent organisés et des apports nouveaux des membres de la Société, de la Ville et de l'Etat permirent, en 1891, d'atteindre le chiffre de 11070 volumes, contre 10700 en 1833.

Mais, lorsque en 1887, le maire de Carcassonne fit rentrer l'Administration de la Bibliothèque dans les prescriptions de l'ordonnance royale du Février 1839 la Société, privée d'un de ses principaux champs d'action, fut à la veille de la dissolution. Grâce à sa vitalité, elle put surmonter cette crise grave et se contenter, depuis lors, du rôle de collaboratrice officielle de la Municipalité.

Enfin, elle prit l'inititative de la constitution d'un Comité départemental pour l'Inventaire supplémentaire ds monuments historiques non classés, prescrit par la loi du 31 Décembre 1913. Elle appela dans ce Comité des déléugés de toutes les Sociétés Savantes du départment et put ainsi pour certains Monuments, contribuer à combattre trois périls : l'exportation, le mercantilisme et la restauration ignorante.

Malgré son désir de produire et de publier ce n'est qu'en 1849-1851 qu'elle put éditer le 1er volume de ses "Mémoires"; depuis lors, deux séries de dix volumes chacune ont été publiées. Une 3e Série se composait jusqu'en 1936 de trois volumes dont le dernier était publié en 1931. Malheuresement, depuis la guerre, les frais d'impression ont considérablement augmenté, sans être balancés par un accroissement équivalent de ressources. Aussi a-t-il fallu reporter à quatre années en moyenne le rythme de publication qui, avant 1914, était sensiblement annuel.

Henry SIVADE
Secretaire Général de la S.A.S.C.


Extrait de : "Societé des Arts et des Sciences de Carcassonne - Table Alphabétique des Publications de 1836 à 1936."